vendredi 4 juillet 2014

Mi-temps France/Allemagne

L’arbitre argentin vient de siffler la mi-temps. Vous vous questionnez sur l’identité française depuis le début du match. Est-ce que Michel Sardou a raison ? Si les Ricains n’avaient pas été là, serions-nous tous vraiment en Germanie ? Qu’est-ce qu’être Français ? Une langue, un territoire, une culture, des valeurs communes, un idéal républicain ? Et n'est-ce pas en Argentine que se cachent d'anciens criminels nazis ? Tiens donc, comme par hasard : un arbitre argentin qui vient de siffler la mi-temps ! Aurait-il des choses à cacher sur son passé pour abréger ainsi cette partie ?

Toutes ces questions vous taraudent et vous empêchent d’assister sereinement et pleinement à cette rencontre. 

Par un étrange hasard, vous avez consulté notre blogue et avez parcouru d’un rapide coup d’oeil diagonal l’ensemble des textes et il vous semble que vous n’avez trouvé aucune réponse à vos interrogations existentielles. 

Tant pis, vous allez profiter de ces quinze minutes pour : 
  • Commander l’oeuvre intégrale de Maurice Barrès,
  • Vérifier votre arbre généalogique,
  • Scruter votre visage dans la glace (vous n’auriez pas le nez un peu trop oriental ?),
  • Défriser vos cheveux.
Aussi, la Kommandantur de Fifa Papa, soucieuse de votre bien-être, vous a concocté un quart d’heure de délicieuses chansons interprétées dans la langue de Brecht. Il est évident que vous allez reprendre cette deuxième mi-temps avec l’esprit apaisé.


France vs Allemagne : les hymnes




Ces deux hymnes vous ont été proposés par le troubadour officiel de Fifa Papa : Afterfives.

Sur le banc de touche : France/Allemagne



Avant chaque match de l'Equipe de France,
Fifa Papa dresse le portrait binaire
de deux joueurs dont les fesses seront probablement collées
au banc de touche pendant 90 minutes.
Ceci dit, nous n'empêcherons jamais Didier Deschamps de les faire entrer,
s'il le souhaite vraiment...

17. DIGNE (Défenseur)


Il aime :
  • L'odeur des chaussettes dans les vestiaires,
  • Le bruit des crampons dans le couloir,
  • Le choc du ballon dans la gueule du goal,
  • Le sang qui coule des narines d'un attaquant,
  • La mise à mort d'un arbitre par tabassage collectif.

Il déteste :
  • La violence (« je suis un mec très complexe »),
  • La guerre,
  • L'irrespect (« si tu me respectes je te respecte mais c'est surtout l'inverse qui est vrai »).



20. RÉMY (Attaquant)

Il aime : 


  • Avoir un prénom comme nom (« et surtout pas l'inverse »),
  • Les journalistes qui mettent les accents sur les lettres en majuscules de ses prénom et nom (LOÏC RÉMY),
  • Poser son flow ravageur sur les instrus de DJ Ybril Scie-C (« ce mec est un guedin : poum tchak poum tchak tchak ! »),
  • Aboyer sur les défenseurs (« ça leur fout les chocottes. Et moi ça me défoule »),
  • Imiter la poule quand il marque un but (larmes. « c'est toute mon enfance dans la ferme familiale de Rillieux-la-Pape »).

Il déteste : 

  • Son frère Paul quand il usurpe son identité afin de draguer des filles faciles (« en plus, il est vachement plus noir que moi »),
  • Karim Benzema (« c'est à cause de lui si je suis ici [ndlr : sur le banc de touche]. J'espère secrètement qu'il se blesse contre l'Allemagne »),
  • Retourner en Martinique (« mon pays c'est la France, pas la Martinique »),
  • Les personnes qui lui rappellent qu'il a dédié son premier but en Ligue 1 à Joël Bats (« une erreur de jeunesse, merde à la fin ! »).

France vs Allemagne



Depuis lundi soir, on ne vous parle plus que de ça. Mais non, pas des dernières magouilles de Sarkozy, franchement ! Qui ça intéresse, ça ? Non, je vous aide : souvenez-vous, c’était il y a trente-deux ans. Vous avez intérêt à savoir de quoi je cause, il y a des gens qui seraient capables de vous juger sur cette simple question : « Où étiez-vous le 8 juillet 1982 ? » Avec un peu de chance, vous n’étiez même pas né, ou vous étiez trop jeune, ou vous aviez encore des cheveux.

France-RFA ! La demi-finale de la Coupe du Monde à Séville ! Ça y est, vous y êtes. Ce match, c’est un peu la bataille de la Marne du football. On prononce encore le nom de Schumacher en frissonnant, comme si c’était la Division Das Reich à lui tout seul. Harald Schumacher, dit « le Boucher », à ne pas confondre avec le champion de Formule 1 comateux. Le goal allemand, c’était plutôt le genre à envoyer les autres sur le tapis. Il a toujours un carton rouge qui plane au-dessus de sa tête, comme une épée de Damoclès : celui que l’arbitre n’a pas sorti ce jour-là, quand Platini est allé ramasser l’ami Battiston à la petite cuillère…
Le visage de la haine

On en a bouffé, de ce match, ces derniers jours. Le penalty de Platoche qui permet à la France d’égaliser, le but refusé de Rocheteau, l’agression du Boucher, la reprise de volée salvatrice de Marius Trésor, les tirs au but… On pourrait enseigner ce match au collège comme une tragédie de Corneille !
N'oublions jamais

La France crie vengeance. La France ? Disons les journalistes, qui aiment bien remuer le passé, ressortir les vieux dossiers… Les Bleus, ce soir, affrontent l’Allemagne en quart de finale. Le temps a passé, ce sont d’autres joueurs, une autre époque, et même une autre Allemagne. François Mitterrand et Helmut Kohl se sont donné la main, bordel ! On peut partir à l’assaut avec dans la tête l’envie de venger Battiston… ou plus simplement, l’envie de faire un beau match et de propulser la France en demi-finale. Les Allemands ne sont pas invincibles ! La preuve : ils ont capitulé en 1918, sur le stade du R.C. Rethondes…
Ils en font pas un peu trop, les Boches, niveau défensif ?

Raphaël Juldé

Produit dérivé #2 : FIFA 98

Le 14 juillet 2014, c’est l’été. Pour ceux qui ne sont pas en vacances, c’est tout de même week-end prolongé grâce au lundi férié. On va tous pouvoir profiter des embouteillages pour aller à la plage. Le 14 juillet 2014, c’est la fête nationale, certains imaginent déjà l’incroyable célébration patriotique qu’entraînerait une victoire de l’équipe de France lors de cette coupe brésilienne. Car le 14 juillet 2014, c’est aussi et surtout un lendemain de finale de coupe du monde, le jour où, après un mois de compétition, il n’y a plus rien. Même si l’on fait semblant, même si l’on fait comme si cela allait durer toujours, le 14 juillet 2014, ce sera ça : le jour du vide. Alors, nous nous acharnerons à remplir ce vide à grands renforts d’analyses et de commentaires, de visionnages et de revisionnages des moments-clefs, des tournants des matches, des images insolites, des instants d’émotion… jusqu’à en dégueuler. La dure réalité est bien là : le 14 juillet 2014 inaugurera quatre années d’attente insoutenable à nous vautrer dans le recyclé jusqu’à la coupe du monde de Poutine.

Fort heureusement, outre les autres compétitions qui, si elles peuvent avoir de l’intérêt, n’auront jamais le charme d’une Coupe du Monde, il existe de puissants palliatifs au premier rang desquels trône le jeu vidéo.


De plus en plus réalistes, de plus en plus immersifs, les jeux vidéo de simulation footballistique emportent l’adhésion des joueurs les plus exigeants tout en confisquant leur volonté. Certains addicts vont jusqu’à préférer le jeu interactif dernier cri au bon vieux match que l’on regarde entre potes affalés dans un canapé une bièrette à la main. A ces inconscients, je dis : Pauvres fous ! Vous n’avez rien compris.

En effet, si les éditeurs de logiciel rivalisent d’ingéniosité pour conquérir le marché du jeu de foot sur console ou ordi, ils ne pourront jamais mieux faire que… FIFA 98 : En route pour la Coupe du Monde, disponible sur Nintendo 64, PlayStation, Windows, Game Boy, Super Nintendo, Mega Drive et Saturn. 


Il suffit de rentrer la cartouche dans la console et c’est parti ! EA Sport, it’s ain’t a game bordel ! Accueilli par la douce voix de Jean-Luc Reichmann, vous avez le choix entre un grand nombre de compétitions nationales et internationales. Mon conseil : dans un premier temps, contentez-vous d’un match unique puis lancez-vous dans un championnat national ou une coupe internationale ! 




S’ensuit le choix des équipes, là également FIFA 98 : En route pour la Coupe du Monde rime avec voyage ! Si vous pouvez vous contenter de jouer contre l’ordinateur, c’est certainement face à un adversaire humain que vous pourrez tirer le plus grand plaisir de FIFA 98 : En route pour la Coupe du Monde. Il est en outre possible de jouer en collaboration à deux contre l’ordinateur ou contre deux autres joueurs de n’importe quel sexe. Pour couronner le tout, les commentaires redondants de Thierry Gilardi et de David Ginola vous plongeront à coup sûr dans la béatitude la plus complète.


Bref, vous n’en avez peut-être pas encore conscience, mais vous n’avez plus qu’une seule chose à faire pour que votre existence post-Coupe du Monde ne sombre pas dans les abysses d’une existence sans sel, pire qu’une troisième mi-temps sans alcool. Vous devez de ce pas commander une SuperNES sur le bon coin ou un site du genre avec une télé à péritel ainsi que FIFA 98 : En route vers la Coupe du Monde, le seul jeu qui pourra vous sauver la vie.

GBfooTiX

jeudi 3 juillet 2014

L'histoire du foot pour ceux qui veulent se la péter (3/4)



Vous en avez marre. Okay, vous êtes le profil type du sportif de divan, bière à la main et jogging craspeck sur le cul. Mais vous en avez marre que votre femme vous fasse la gueule à chaque fois que vous voulez vous regarder un bon match, et que tout le monde autour de vous vous considère comme un gros beauf inculte. Déjà, vous n’êtes pas si gros. Et bientôt, grâce à moi, vous ne serez plus si inculte. Et il fera moins le malin, votre pote qui la ramène toujours parce qu’il aurait pu être prof d’histoire s’il avait terminé son master, quand vous lui montrerez que vous en savez plus que lui sur les origines du foot. Ah ! Comme quoi, on peut aussi se cultiver entre deux bières, pendant les arrêts de jeu…
Sheffield FC

Oui, je suis vraiment désolé, ce cours a pris un peu de retard. J’ai été pas mal occupé ces derniers jours, avec la sortie des poules, tout ça… Vous avez vu un peu ce France-Nigéria ? Pas mal, les petits Bleus, hein ? On se fout pas de vous, à FIFA PAPA, quand même ! Hop, suspense jusqu’au bout, des cages adverses qui paraissent imprenables, et nous bim ! À la toute fin du match : et un, et deux, et quarts de finale ! Ne nous remerciez pas, c’est cadeau… Vendredi, on se paye les Allemands, ensuite on s’occupe du Brésil, et je vous promets une finale France-Belgique de toute beauté.

Donc, on en était resté à 1314, le décret de Farndone interdisant les jeux de balle, dont la traduction en anglais fait apparaître pour la première fois ce terme : « foot balls ». C’est bon, vous y êtes ?

III. – Soule, Rugby et football

Les décrets et les interdits se multiplient. En ces temps de guerre, en Angleterre comme en France, on préfère voir les hommes s’adonner au tir à l’arc, un sport plus utile que les jeux de balle. On craint aussi que la soule n’éloigne le travailleur de ses outils. Et je vous rappelle qu’à l’époque, ce jeu se pratique dans les rues, qu’un village entier peut servir de limites au terrain ! Et que tous les coups sont permis, à peu près… Il en résulte une certaine pagaille, certes bon enfant, un peu comme un soir de victoire algérienne de nos jours, mais qui inquiète un peu les autorités. Pourtant, les parties continuent de se jouer avec autant de hardiesse qu’avant. Nique la police ! Un gentilhomme normand, Gilles de Gouberville, raconte quelques mémorables parties de soule dans son Journal. Sans doute est-il l’un des tous premiers commentateurs sportifs… Nous sommes le 15 janvier 1551 :

« Nous allasmes tous ensemble à Sainct Mor et fusmes le reste du jour à la choule, qui dura jusques à jour faillant, y estoit le sieur de Couriac cappitaine de Cherebourg, le sieur Mareschal, Pierre de Sainct Jehan et plus de cinq centz aultres personnes tant d’un costé que d’aultre. Cantepye heult ung sault à l’enreverse, missire Guillaume Le Lièvre, sur luy cul en gron, par la faulte de Jehan Roger de Cherebourg. Le dit Cantepye en cuyda mourir, et demeura longtemps presque evany. »

Ailleurs, il évoque une autre partie durant laquelle, la soule ayant été envoyée à la mer, les joueurs ont poursuivi le match à la nage. La pratique de la soule s’est poursuivie en France, notamment en Bretagne et en Normandie, jusqu’au XIXe siècle, avant de tomber petit à petit en désuétude. C’est au même moment que les Anglais codifient les règles de leur football. En Angleterre, le Highway Act de 1835 interdit la pratique du football sur les routes, ce qui revient à dire que la partie devra se dérouler dans un espace clos. Les écoles d’Eton, de Charterhouse, de Rugby ou de Harrow, entre autres, utilisent leurs propres terrains pour délimiter l’espace de jeu.

En octobre 1848, des représentants de l’université de Cambridge se réunissent pendant plus de sept heures pour aboutir au premier code du jeu. Deux clans s’opposent : d’un côté, les anciens élèves d’Eton ne jurent que par un jeu de ballon pratiqué au pied, le dribbling game. De l’autre, ceux de la Rugby School défendent une version plus musclée du jeu, avec utilisation des mains. De ce débat houleux, les élèves d’Eton sortiront vainqueurs, et les règles de base de notre football sont déjà clairement posées.

Mais la pratique du football en Angleterre est une activité principalement scolaire, et les règles de Cambridge ne font pas l’unanimité. Chaque établissement préfère continuer à suivre son propre règlement. Autant dire que ce n’est pas gagné, et que les rivalités entre collèges sont nombreuses.

Dix ans après les règles de Cambridge, c’est un club non scolaire qui édicte les siennes. Le Sheffield FC, créé en 1857, s’inspire très largement des règles de Cambridge pour rédiger ses Rules, Regulations & Laws of the Sheffield Foot-Ball Club. En 1860, le Sheffield FC dispute son premier match interclubs avec le Hallam FC. Les deux équipes sont composées de seize joueurs.

En 1862, John Charles Thring, l’un des fondateurs des règles de Cambridge, désormais enseignant à la Uppingham School, rédige une nouvelle version de ces règles, ajoutant notamment l’interdiction des croche-pieds et des coups. Les gars de Rugby commencent vraiment à se dire que les footballeurs pratiquent un sport de gonzesses…

Un truc que les Anglais ne connaissent pas encore, dans les années 1860, c’est la passe. Ils pratiquent le dribbling game, qui consiste à courir derrière la balle en évitant les adversaires, tandis que les coéquipiers entourent le joueur en possession de la balle pour le protéger. Les passes en avant sont interdites, les passes latérales ou en arrière sont peu fréquentes. Ce sont les Ecossais, dont le jeu est déjà nettement plus évolué que celui des Anglais, qui introduiront le passing game dans les équipes du Nord de l’Angleterre. Le Queen’s Park FC de Glasgow révolutionne déjà le jeu en développant une formation en 2-3-5 alors que les clubs anglais fonctionnaient généralement en 2-2-6. La passe se généralise en Angleterre au début des années 1880, quand les clubs se mettent à recruter des joueurs écossais.

La Fédération anglaise de football a été créée en 1863, et la professionnalisation du jeu est autorisée en 1885. Le Nord de l’Angleterre, dominé par les classes ouvrières, intègre immédiatement le football professionnel, au contraire du Sud, qui considère que les clubs de football doivent être réservés à une élite sociale. Le premier championnat de l’histoire du football, qui se déroule en 1888-1889, n’oppose que des clubs professionnels du Nord.

Ça y est, maintenant : le football tel qu’on le connaît existe. On nage en plein dedans. Il ne manque plus que les vignettes Panini et les commentaires de Thierry Rolland pour s’y croire complètement.


Raphaël Juldé

Rio à l'ombre : Thierry, affûteur de crampons


Thierry, beau gosse de 23 ans, participe à sa première Coupe du Monde et il n'en revient toujours pas. Depuis sa petite piaule au milieu d'une immonde favela il envoie des mails à tous ses amis de France. Lorsqu'à bord de ma puissante voiture de location je passe le chercher, le gamin a des étoiles dans les yeux ainsi qu'un léger oeil au beurre noir... Les soirées sont chaudes par ici, m'avoue-t-il à demi mot alors que j'indique à mon chauffeur la direction du centre-ville.

Ne souhaitant pas m'aventurer dans ces taudis non sécurisés, cette entrevue se déroule donc dans mon hôtel, plus précisément sur la terrasse du bar luxueux qui jouxte une plage célébrée dans un classique bossa-nova. Thierry boit un jus de mangue et je me délecte d'une énième caïpirinha. 

Thierry affûte des crampons. Je ne sais si l'alcool commence à produire quelque effet désinhibiteur mais la phrase "Thierry affûte des crampons", répétée plusieurs fois, en un souffle, provoque en moi une franche hilarité... Pour mon interlocuteur, il n'y a en effet aucune contrepèterie. 

Affûter les crampons est loin d'être une vocation et Thierry, contrairement aux deux personnes rencontrées précédemment, ne fait pas montre d'une ardeur débordante. Je le questionne sur ce curieux métier mais mes questions ne trouvent que trop rarement réponses. Thierry, inquiet, jette autour de lui des regards de chien apeuré. Je l'interroge alors sur son oeil poché ; il fixe le sol comme un enfant qui va prendre des coups. Ou en a déjà pris quelques-uns.

Je lui explique que mes collègues de Fifa Papa vont se foutre de moi si je reviens bredouille de cette chasse aux portraits ; d'autant que je tenais là un merveilleux sujet journalistique. J'entendais déjà les appels énamourés des rédactions de Rue 89, de Libération, de GQ... Mais il semblerait que Monsieur Thierry, son éminence des crampons moulés, soit plus préoccupé par sa petite et insignifiante personne. Après un dernier verre, je quitte la table sans payer. 

Dj Zukry

mercredi 2 juillet 2014

Rio à l'ombre : Jacques, laveur de maillots


Jacques, 27 ans, fait partie du staff des laveurs de maillots de l'équipe de France depuis 2006. Cette équipe dynamique, composée de 8 personnes, est dirigée d’un gant de velours par Nicole Bouzard, alias Nini-la-tendresse, alias Nicole-la-Folle, alias Bouzard-vous-avez-dit-Bouzard. Dans le cadre de ce reportage, nous n'avons hélas pas été autorisés à prendre langue avec cette charmante dame.

Mais revenons à notre Jacques, nostalgique, le regard noyé dans la mousse du tambour de sa machine de pointe allemande, qui se souvient de sa mère, elle aussi laveuse mais de kimonos, et dont les mains râpeuses et adorées lui caressaient les joues lorsqu'il revenait, crotté, d'un entraînement intensif avec l'équipe des poussins de son village. Jacques n’était à proprement parlé pas un bon défenseur : trop chétif, trop gentil, pas assez hargneux. La haine est un sentiment étranger à Jacques, tout tendresse, tout gentillesse.

Au collège, Jacques adorait laver ses slips ; tant et si bien qu'il lavait également ceux des autres : une vocation naissait. Pour Jacques, le slip est la quintessence du propre, l’essence de la profession, sa raison d'être en ce bas-monde. Un slip propre est une symphonie sans fausse note. Un slip immaculé est un don de Dieu. Rien de moins. Monothéisme du coton.

Jacques, à l'orée de sa vie d'adulte, hésitait ainsi entre une vie monastique et le lavage de culottes. Par chance pour l’équipe de France, il choisit la température à 30 °. 

Discuter avec Jacques de lessive est une initiation à la philosophie. La sagesse de Jacques face à une tache est celle d'un penseur bénédictin : tout d'abord, il contourne la tache, devient la tache, essaie de comprendre la naissance de cette tache. Toute tache a une genèse, toute souillure raconte une histoire. En bon lacanien, Jacques affirme qu'il s'attache à la tache. Pour Jacques, une trace sur un maillot est un chemin de vie : suivre à la trace la tache, se détacher de la trace et s'attacher à sa disparition. Effacer une tache, c'est gommer une trace de l'existence. Sans tache, pas de destinée humaine. La première tache ? Du jus de pomme sur la feuille d'Adam.

Puis Jacques s’empare brusquement d’un mystérieux savon et frotte tout en bavardant. Il frictionne jusqu’à former une croûte. Il émulsionne, reprend le maillot et le porte au ciel. Il affirme alors, malicieusement, qu’il suffit maintenant de passer un coup de chiffon légèrement mouillé sur la croûte terrestre.

Jacques, quand il parle, peut vite devenir un peu chiant.

Dj Zukry

mardi 1 juillet 2014

Mi-temps Belgique/Etats-Unis

Qu’est-ce qu’il raconte l’arbitre ? Pourquoi les joueurs quittent-ils le terrain ? Pourquoi le public descend-il des gradins ? Qu’est-ce que je fous là, en short, dans un bar paumé au fin fond de la Mayenne avec deux vieilles édentées allongées sur moi ?

A priori, vous êtes mal en point. Vous n’étiez pas déjà pas très en forme à l’issue des poules mais, là, en ce moment, c’est une catastrophe. Vous ne dormez plus de la nuit, vous vivez football, vous rêvez football et votre entourage est très inquiet. Il faut réagir, vite ! 

On vous le dit parce qu’on vous aime bien mais profitez de cette mi-temps pour : 
  • Reprendre vos esprits et vider un jus de fruit,
  • Renouer les liens avec votre gosse et votre épouse,
  • Vous désabonner de BeIN Sports,
  • Changer de vêtements car même une fouine pue moins que vous.

Aussi, toute l’équipe de Fifa Papa, profitant de ce match des Etats-Unis, vous convie à une sélection de quinze minutes consacrées à la techno de Detroit. Nous n’allons certes pas renflouer les caisses de cette métropole mais leur adresser un hommage salutaire au cours de ce quart d'heure suspendu... avant que le match ne reprenne. Et vous aussi.


Belgique vs Etats-Unis : les hymnes

Afterfives revisite les hymnes, en français (s'il vous plaît), des équipes en compétition, dans une forme de folk patriotique.

Main sur le coeur, regard vers l'horizon : écoutez donc nos hymnes à la noix. 



Belgique vs Etats-Unis


Ah, le fumier ! Ah, la pourriture ! Vous voyez, dans une équipe, on se répartit les rôles. Question d'affinités. Chez nous, à Fifa Papa, on cherchait un mec qui serait à la fois impérialiste et pochtron. Après un rapide tour de table, il ne nous restait plus que GBfooTiX. Je me souviens lui avoir dit : "Guillaume (car c'est son vrai prénom), il n'y a que toi pour présenter les Etats-Unis". Et lui de me répondre, du tac au tac, avec son air taquin habituel : "Ah bah d'accord. Je trouve que le capitalisme c'est plutôt bien. Disons que c'est une formule qui a fait ses preuves. C'est perfectible mais il n'y a pas de raison de changer de bord. Et les States c'est un grand pays et en plus je vais faire des vannes sur le foot américain. Merci Zukry, t'es un frangin !". Bon, j'étais content.

Belge Dada
Après, on se croise dans une supérette, et là, entre deux yeux, je lui sors : "Guillaume, il n'y a que toi pour présenter la Belgique". Et lui de trépigner : "Putain tu peux pas savoir comme tu me fais plaisir car je me sens Belge. Je te jure : même les Belges sont moins Belges que moi. Je suis Belge de long en large. Et pas uniquement à cause de la bière. Non, je suis Belge surréaliste. Je suis Belge dadaïste. Je suis Belge humour noir. Je suis Belge putain ! JE SUIS BELGE !". Ce qui ne manqua pas d'attirer vers nous le vigile. Qui n'était pas Belge.

Donc, GBfooTiX (c'est son surnom pour cette coupe du monde) était joyeux, enthousiaste, exalté. Ses doux yeux étaient tout ronds. Et quand il a les yeux en bille, c'est bon signe. Même sa barbe respirait la joie. 

Bon, il a bien présenté le 1er match des Belges. Et le 1er match des Américains. Puis quand est arrivé le 2ème match des Belges, il n'a pas fait signe de vie. Les poules terminées, rien de nouveau sous le soleil de Rio. Je croyais à une mort cérébrale jusqu'à ce que je le croise hier soir, pour le France-Nigéria. Entre deux rots, je lui chuchote :"Tu t'occupes du Belgique/Etats-Unis de mardi soir ?". 

Le match va commencer dans une heure, et je n'ai pas eu de nouvelles de la part de GBfooTiX. C'est pourquoi il était de mon devoir de vous présenter cette confrontation des huitièmes de finale. 

Bonne soirée,
Dj Zukry.