mardi 24 juin 2014

Produit dérivé #1 – Le Baby-foot


En marge des compétitions du mondial retransmises sur grand écran survivent d’anciennes machines virtuelles reléguées aux côtés des flippers et autres bornes arcade dans les coins les plus sombres de ces bistrots jadis enfumés et aujourd’hui encombrés par les poussettes. 

Ces machines élégantes quoique robustes – appelées tables de baby-foot ou baby pour faire plus court – ont toujours été et doivent être utilisées selon un rituel très précis. Il s’agit de balancer une balle de liège d’un bout à l’autre du plateau en lino vaguement vert à l’aide de figurines manchotes fixées sur huit barres à actionner par des poignées dans l’intention véhémente de claquer cette foutue balle dans le but métallique adverse. Les utilisateurs (un ou deux joueurs par équipe) ont onze balles à disposition pour se départager. Ils n’hésitent ni à s’invectiver copieusement ni à remettre en cause les virilités opposées et encore moins à boire des coups entre deux balles. Tous les jours, de franches camaraderies naissent ou s’entretiennent autour des tables de baby-foot. Tous les jours, des tirs monstrueux de l’arrière comme de l’avant, des passes en bande judicieuses ou des arrêts in extremis viennent soutenir le spleen des âmes damnées qui s’aventurent autour des baby-foot. Tous les jours, de jeunes et jolies femmes se soûlent au twist en matant les culs fermes et décidés des joueurs de baby-foot avant de s’envoyer rageusement les dits-joueurs dans les chiottes taguées d’un rade puant toujours la clope après dix années d’interdiction.


Et voilà que des hommes, ou plutôt des personnes à l’apparence humaine, tentent depuis quelques années de corrompre cette saine et sainte activité en la vidant de sa substantifique moëlle. Ces androïdes néfastes ont en effet réussi à infiltrer les instances dirigeantes du baby-foot français – sans doute grâce à l’argent qatari – et sans honte édictent depuis cette prise de pouvoir maints décrets ignobles. Selon ces usurpateurs sont désormais licites les pissettes, les roulettes et autres coups infâmes comme les reprises ou les râteaux ! Selon cette même engeance, les demis comptent pour un but ! En sus, il n’existerait ni gamelle ni possibilité d’aller à la pêche !

Ces maudits bâtards, vous l’aurez compris, cherchent à rendre universelles les règles appliquées lorsqu’on joue avec des gonzesses. Si les joueurs de baby-foot, dans leur magnanimité, peuvent tolérer que l’on emploie de telles règles alors qu’une petite ou deux viennent s’immiscer dans une partie interlude, jamais ô grand jamais ils ne sauraient accepter de se voir appliquer ce règlement atrophié pour une partie entre couilles – dite partie naturelle !

Aussi j’en appelle à toi peuple du foot télé ! Lève-toi et soutiens de toutes tes forces le peuple frère du baby-foot ! Toi qui connais aussi les manœuvres tendant à rendre ton activité favorite insipide, ne te laisse point faire et tends le poing avec nous !

GBfooTiX (avec des dessins de Kôhl).

PS : Rendez-vous chez Martine.

lundi 23 juin 2014

Mi-temps Cameroun-Brésil

L'arbitre vient de siffler et vous vous apercevez que c’est Croatie-Mexique que vous vouliez regarder.

Trop tard, vous n’allez quand même pas les abandonner ici alors que vous avez parcouru la moitié du chemin ensemble. Non, vraiment, ce serait trop con ; d’autant que vous avez assisté à de belles actions et que, bien sûr, ça fait toujours rêver un Brésil-Cameroun. Pour un peu on se croirait en vacances, non ?

Finalement, vous allez profiter de cette mi-temps pour : 

• vous raser car depuis le début de ce Mondial, vous vous laissez aller,
• prendre une douche (ça fait combien de temps que vous avez croisé un savon ?),
• modifier votre coupe de cheveux (c’est vrai que vous avez un petit air de Neymar),
• faire un selfie devant votre frigo, puis un selfie en buvant votre bière, enfin un selfie sur la cuvette des chiottes.


Aussi, soucieuse de votre bien-être, l'équipe de FIFA PAPA vous propose une sélection de 15 minutes brésiliennes, certes, mais « pop » avant tout. Pop dans sa facette la plus expérimentale... Le Brésil n’est donc pas que la terre de la Samba ou de la Bossa Nova. Avec ça, vous pourrez reprendre quelques forces avant d’attaquer cette 2ème période.


Croatie vs Mexique



Guillermo Ochoa, en 90 minutes, a conquis les coeurs de millions de téléspectateurs. Ses arrêts spectaculaires, ses parades acrobatiques, face aux attaques brésiliennes nous ont fait vibrer et pousser des cris inquiétants.



Le Mexique, compte d’apothicaire, peut se contenter d’un match nul pour se qualifier. La Croatie peut, quant à elle, encore espérer terminer en tête de sa poulette si le Brésil échoue. J’ai vérifié moi-même sur ma calculette solaire. 

Comme son nom l'indique, Jorge Sammir Cruz Campos est donc Croate depuis 2012. Il a fallu batailler ferme pour obtenir cette naturalisation. Vous savez comment fonctionne l’administration croate : c’est la croix et la bannière. Au bureau 21, on vous envoie au 2ème étage. Arrivé devant le bureau 47, on vous indique avec dédain les horaires d’ouverture affichés sur la porte. Et on vous engueule. Personne ne comprend comment vous avez pu parvenir jusqu’à cet étage puisque tout est censé être fermé à double tour. Vous avez beau répondre que vous n’avez forcé aucune porte, ni cassé aucun verrou, on vous fout dehors sans ménagement. Et bien moi je dis qu’il a bien du courage notre Campos. 

Dj Zukry

Cameroun vs Brésil



L’équipe menée par Dieudonné et Yannick Noah va affronter la terrible Seleçao. Les Lions indomptables, qui acceptent de jouer bénévolement ce soir, vont en baver car, jusqu’à maintenant, dans cette épreuve, ils n’ont guère briller. Même les adhérents du Parti Socialiste s’en sont désintéressés, c’est dire !

L’ambiance dans l’équipe camerounaise est assez tendue. Rares sont les joueurs qui, à l’hôtel, pour déconner, dansent encore le Milla. Samuel Eto’o, le syndicaliste pré-retraité, a quelques documents à faire signer avant son retour au pays. Il est donc possible qu’il entre sur le terrain avec sa petite pochette verte (celle où il range les factures et les contrats). 




D’autant qu’en face, les Brésiliens vont jouer leur 100ème match en Coupe du monde et auront envie de terminer premiers de leur poupoule. Autrement dit, la rencontre de ce soir est principalement réservée aux comptables. 

Jusqu’à maintenant, les prestations brésiliennes ont été plus que moyennes… J’ai bien vibré pendant quelques secondes mais c’était une autre équipe qui jouait en jaune. 

Ce soir, le grand Fred est aux abonnés absents sauf que, cette fois-ci, il est vraiment en dehors du terrain. En effet, il touche en moyenne 2 ballons par match dont la moitié avec la main.

Pour conserver un brin d’optimisme, la dernière confrontation Brésil-Cameroun a eu lieu en juin 2003 et l’unique but du match avait été inscrit par Samuel Eto’o. Croisons donc les doigts pour que le vieux lion ne meure pas ce soir (merde, je vais finir par me retrouver à bosser à L'Equipe si je continue avec des calembours comme celui-ci).

Dj Zukry

Pays-Bas vs Chili



Les Pays-Bas ont été les premiers à se qualifier pour les huitièmes. Les « Oranje »  (qui vont d’ailleurs jouer en orange pour justifier de leur surnom « Orange mécanique ») sentent bien qu’il se trame quelque chose, que le vent va souffler… Finir premier d’une poule compliquée (les mecs se sont coltinés l’Espagne), ça vous imposerait une équipe. On imagine déjà les futurs adversaires arrivant sur le terrain avec les guibolles molles. Affronter le Chili dans un combat toujours viril et parfois correct est bien une nouvelle opportunité pour les hommes de Van Gaal de montrer ce dont les « dirty old bataves » sont capables.  

La Roja chilienne est survoltée, chaude bouillante, après ces trois points chipés, avec classe, à l’Espagne ; d’autant qu’elle aimerait éviter la confrontation avec le Brésil en huitièmes… Elle en garde de mauvais souvenirs (2010, 1998) de ces rencontres-là. 

En 1989, Roberto Rojas, portier chilien, lors d’un match au Maracana dans le cadre des éliminatoires pour le mondial 1990, se saigna le visage non par désir esthétique de scarification mais pour tromper l’ennemi : une fusée avait en effet atterri à quelques mètres de sa cage et cette simulation permettait ainsi de quitter le terrain… mais aussi les compétitions internationales lorsque la supercherie fut dévoilée…




Hendrik Johan Cruijff, dit Le Maigre, dit le Hollandais Volant, dit Till l’Espiègle, dit le Prince d’Amsterdam, dit Le Sauveur, quant à lui, était absent lors de la Coupe du monde 1978 (en Argentine). Le motif : « J'ai eu un fusil pointé sur ma tête, j'ai été ligoté, ma femme a aussi été ligotée, et mes enfants étaient présents dans mon appartement de Barcelone. Il y a des moments où d'autres valeurs priment dans la vie ». Mouais, un peu chochotte le Johan.

Dj Zukry

Australie vs Espagne



L’Espagne, déjà éliminée de ce mondial, va donc entrer sur le terrain de Curitiba, tête basse et les chaussettes dans les crampons, pour un ultime baroud d’honneur. « Salut les gars, on était les derniers champions du monde… Vous vous rappelez ? ». Et le public de répondre « Non. Barrez-vous d’ici, vous craignez et puis vous êtes vieux ! ». Triste scène, n’est-ce-pas…

Ce match sans enjeu, puisque les Aussies sont également « out », peut tout de même nous régaler car, comme l’explique l’entraîneur australien : « Face à trois des meilleures nations du monde, les gens se foutaient de notre gueule avec nos kangourous et nos planches de surf. N’empêche que maintenant vous la ramenez moins car nous avons bousculé le Chili et failli battre les Pays-Bas… Méfiez-vous, dans quatre ans, on va tous vous bouffer. Et pour le moment, c’est les paellas qu’on va déguster pendant 90 minutes… On va les laminer façon chorizo en miettes ». 

Quant à nos amis Ibères, que l’on entendra un peu moins cet été dans les campings, une victoire sans abdiquer améliorera l’accueil qui leur sera réservé dans leur pays d’Espagne, olé, à la sortie de l’aéroport, où les attendront quelques milliers de supporters mécontents (donc en colère, donc méchants)… 

Vous voyez, les gars, chez Fifa Papa, nous ne souhaitons que votre bonheur, finalement.


Dj Zukry

Anti-jeu #2 : Etats-Unis/Portugal

Je l’avoue sans honte aucune : je donne souvent mon avis sur des livres que je n’ai pas lus ou des films que je n’ai pas vus. J’ai même dit pis que pendre du dernier album de Jean-Louis Aubert sans l’avoir même écouté. Il me semble donc assez pertinent que je commente un match que je n’ai pas vu.




Le compact-disc de l’hymne américain résonne dans l’enceinte de l’Arena Amazonia. Une vague d’émotion submerge le public. Tout le monde, main sur le coeur, regard vers le ciel, pense au 11 septembre mais déjà retentissent les premières notes de A portuguesa, chanson patriotique de nature belliqueuse. L’air est moite. « Tropique dans mon coeur, change pas de moteur » fredonne Cristiano Ronaldo qui ne connait toujours pas les paroles de l’hymne de son pays. La honte !

Les Américains sont à l’attaque mais, paradoxe allemand, encaissent un but à la 5ème minute. Georges W. Bush Jr, qui a perdu du temps dans la cuisine à préparer ses bretzels, l’a donc loupé, ce con ! En tout cas, tout le monde congratule super Nani, bien content d’avoir profité de cette bévue des amerloques. Le goal ricain, Tim Howard, est remonté comme une pendule : il déteste recevoir des obus sur le paletot ; ça lui donne envie de tout casser. Sont comme ça les Stars & Stripes : colériques.

« A l’attaque » crient en choeur les cow-boys en grimpant sur leurs grands chevaux. C’est le boxon dans la défense portugaise : juste retour des choses. Les Américains hésitent d’ailleurs à ouvrir un saloon dans les parages lorsque Nani (encore lui !) vise le poteau, ce qui commence sérieusement à énerver Howard qui aimerait bien finir la série Game of Thrones peinard, si c’est pas trop demandé.

« Il y a le feu au lac » hurle un spectateur suisse qui a oublié de rentrer à l’hôtel depuis vendredi. « Très drôle » répond l’arbitre en sifflant la mi-temps pendant laquelle dansent des filles à moitié dévêtues. C’est ce qu’on appelle un « show à l’américaine ». Les Brésiliens, déjà habitués à autant de vulgarité (souvenez-vous de la soirée d’ouverture), applaudissent à tour de bras. Le public portugais est plus dubitatif. Seules les conquises adorent. 

Retour sur le terrain. Les joueurs changent de côté : c’est perturbant. 55ème minute, le portier portugais, Ricardo Costa, échappe à l’égalisation face au Mohawk envoyé par Michael Bradley. 9 minutes plus tard, Jermaine Jones remet le compteur à un partout. 

Les explorateurs portugais sont à la peine sur cette terre hostile. Le Nouveau Monde semble inaccessible. On sent bien que la colonisation ne va pas se faire sans douleur. Ronaldo se ronge les ongles. Le terrain est dégueulasse. On appelle une société de nettoyage, Cap Vert. « Qui c’est qui m’a foutu ce bazar ? » gueule le responsable de l’entretien. Tout le monde pointe du doigt le dernier ballon d’or. Il en mène pas large : la réputation des Portugais sur la propreté vient d’être salie. CR7 s’empare du balai et nettoie ses rognures. Le jeu reprend mais on sent bien que rien ne sera plus jamais comme avant.

A la 82ème minute, Jack Dempsey, le tueur de Manassa, champion du monde poids lourds dans les années 20, marque de la poitrine. C’est du délire chez les Yankees (2-1) ! Du côté des bookmakers, on commence à transpirer à grosses gouttes. Certains mettent ça sur le compte de la chaleur tropicale mais les spécialistes craignent une sorte de krach sportif : un « dimanche noir » en shorts. 

Le capitaine de la Selecção tape sur son réveil qui vient de se déclencher (« Merde, vous auriez pu me le dire les gars ! Il est quelle heure là ? »). Il adresse un centre à Varela qui prive de justesse l’équipe de Clint Eastwood d’une qualification directe en huitièmes de finale. Il faudra donc attendre le prochain match, que je compte bien regarder (notamment le USA-Allemagne qui me donne déjà des frissons dans le dos) pour connaître le classement définitif de ce groupe G. 

Dj Zukry

L'histoire du foot pour ceux qui veulent se la péter (2/4)


Vous en avez marre. Okay, vous êtes le profil type du sportif de divan, bière à la main et jogging craspeck sur le cul. Mais vous en avez marre que votre femme vous fasse la gueule à chaque fois que vous voulez vous regarder un bon match, et que tout le monde autour de vous vous considère comme un gros beauf inculte. Déjà, vous n’êtes pas si gros. Et bientôt, grâce à moi, vous ne serez plus si inculte. Et il fera moins le malin, votre pote qui la ramène toujours parce qu’il aurait pu être prof d’histoire s’il avait terminé son master, quand vous lui montrerez que vous en savez plus que lui sur les origines du foot. Ah ! Comme quoi, on peut aussi se cultiver entre deux bières, pendant les arrêts de jeu… 


Ils nous font marrer, ceux qui nous racontent que le football a été inventé par les Anglais au dix-neuvième siècle. Maintenant, vous pouvez leur répondre avec un petit ton de mépris que les Chinois et les Mayas savaient déjà faire plein de trucs sympas avec un ballon plusieurs milliers d’années avant eux (et toc !). Évidemment, vous oubliez de préciser que c’est moi qui vous l’ai appris, mais je ne vous en veux pas, allez. Bon. On s’était arrêtés à l’Antiquité grecque et romaine. Prenez vos crayons, on embarque pour la Gaule celtique. Non, Jean-Zlatan, je n’ai pas dit « goal », mais « Gaule ».

II. – Des druides, des gnons et de la soule

Nous voilà donc en pleine Bretagne. Mettez un K-Way. Si je vous parle des druides, vous avez tout de suite en tête Panoramix ou le Merlin de Kaamelott. Des types rigolos avec des barbes jusqu’aux arpions. Je pourrais vous dire que les druides n’étaient absolument pas des rigolos, qu’ils étaient les gardiens du Savoir, des personnages sacrés, très instruits, premiers intermédiaires entre les dieux et les hommes. Oui, c’est vrai, mais ça ne les empêchait pas de jouer au ballon. Et de le faire, en plus, dans des cérémonies religieuses. « La multiplication des pénos », très drôle, François-Karim ! Sauf que je ne sais pas si le penalty existait déjà à l’époque. Le jeu pratiqué par nos amis les druides s’appelait le seault, ce qui en celtique veut dire « soleil ». On peut donc supposer que la balle qu’ils se disputaient représentait le soleil. On n’en sait pas beaucoup plus, personne n’ayant jugé bon, semble-t-il, de graver les règles du jeu sur un bout de tablette. Un manque de professionnalisme que Michel Platini aurait certainement réprouvé.

Les années passent, l’Empire romain se prend un carton rouge, l’Antiquité se fait pousser des châteaux forts et se transforme en Moyen Âge. Le seault celtique est devenu la soule, et sa pratique s’est étendue à la Normandie, la Picardie, un peu tout le nord de la France. La France de l’époque, qui est beaucoup plus compliquée que la nôtre, attention ! Le découpage des régions par François Hollande, c’est rien à côté !

Donc, nous sommes au XIIe siècle, et on joue à la soule. Que l’on appelle aussi « choule », ou « chole » – enfin vous voyez, c’est un beau bordel. Oui, Zinedine-Lionel, tout à fait : « Scholl », comme les chaussures. D’ailleurs les historiens s’arrachent les cheveux pour savoir si le mot « soule » est dérivé de « seault », ou s’il veut dire « sandales ».

La soule se joue lors des fêtes religieuses et durant la période de carnaval. Deux équipes s’affrontent avec une boule de bois ou une vessie remplie de son, et elles ont pour terrain de jeu les limites d’un quartier, d’une paroisse, voire d’un village, le but du jeu étant d’envoyer la balle se noyer dans une mare. Tous les hommes valides du village étaient conviés à y participer, et les échanges étaient franchement virils. Non, mais vraiment. Le coup de boule de Zizou, c’est une pichenette, en comparaison.

Le jeu a perduré à travers les années, malgré de nombreuses interdictions, et on peut encore assister en Normandie à des compétitions de choule et de choule crosse (la même chose, mais avec une crosse) – sur un terrain limité et avec un marquage au sol en guise de mare. Et des règles plus strictes, même si on peut encore s’empoigner gaillardement et se marronner un peu la gueule en bons camarades.

En Irlande et en Cornouailles, toujours au Moyen Âge, on pratique un jeu de balle qui ressemble fort à la soule du Nord de la France, que l’on appelle hurling et qui peut se jouer aux poings, aux pieds ou à l’aide d’une batte. En Italie, le calcio, dérivé de l’harpastum, ressemble aussi beaucoup à la soule par son aspect de grand n’importe quoi et de bagarre organisée. Ancêtres du football tout autant que du rugby, ces sports laissaient souvent pas mal de blessés au sol. Mais comme disaient souvent les joueurs, après la partie : « L’effenfiel, f’est de partifiper. »

En 1314, le maire de Londres, Nicholas de Farndone édite un décret, rédigé en français, au nom du roi Edward II, visant à interdire les jeux de balle, sous peine d’emprisonnement. L’édit commence ainsi : « En raison des grands désordres causés dans la cité par des rageries, de grosses pelotes de pee… » Cette partie de la phrase, traduite en anglais, devient : « Forasmuch as there is great noise in the city caused by hustling over large foot balls… »

Le mot est lâché.


Raphaël Juldé



dimanche 22 juin 2014

Etats-Unis vs Portugal



Les footballeurs américains sont extrêmement dangereux. Au mépris du règlement, ils évoluent sur le terrain tout caparaçonnés dans un armure de plastique dur qu’ils recouvrent de t-shirts ridiculement grands et ils arborent un casque que l’on distingue – à peine – de ceux utilisés par les brigades anti-émeutes du fait de ses couleurs plus flamboyantes. 

En effet, n'importe quoi !
Pour parfaire ce tableau brutal, les joueurs de foot américains n’hésitent pas à s’emparer du ballon à la main et à pratiquer de franches obstructions sur l’adversaire. Par chance, ceux-ci ne parviennent jamais à marquer de buts, leurs rares tirs s’envolant systématiquement au-dessus de la transversale. Il est donc naturel que l’équipe américaine n’ait jamais dépassé les huitièmes de finale de la Coupe du Monde. Par ailleurs, je crois qu’ils s’en foutent car ils préfèrent le basket ou le baseball.

Cependant, méfions-nous ! Les Américains feraient n’importe quoi pour gagner. J’en veux pour preuve qu’ils n’ont guère hésité à recruter des scientifiques allemands au passé louche à l’instar d’un certain Jürgen Klinsman, détenteur à n’en pas douter des secrets de la force de frappe de la Mannschaft, équipe qu’ils auront d’ailleurs à affronter en poule. Maudits Yankees !

GBfooTiX






Le Portugal est né le 5 février 1985 à Funchal. Elevé sur l’île de Madère, il grandit gentiment dans le pittoresque quartier du Santo Antonio – aucun lien avec Frédéric Dard – avant d’intégrer à 12 ans le centre de formation du Sporting où il se fait immédiatement remarquer. Cinq années plus tard, il signe son premier contrat professionnel. Une année supplémentaire et il est recruté par le Manchester de Ferguson avant de se révéler au monde lors de l’Euro 2004.

Quelques années plus tard, le Portugal remporte la Ligue des Champions avec Manchester United en 2008 et obtient le Ballon d’or. Il devient l’objet de toutes les convoitises. Les offres de transfert surgissent de toutes part. Il est finalement acheté par le Real de Madrid pour 94 millions d’euros, un record !

Nom de code : CR7
Le Portugal devient rapidement une pièce maîtresse du jeu du club madrilène. A chaque saison, s’il n’obtient pas le Ballon d’or comme en 2013, il finit toujours soit deuxième soit troisième. Il lui arrive de défrayer la chronique du fait de son immodestie mais… attendez… j’apprends une nouvelle de dernière minute de la plus haute importance ! Le Portugal pourrait ne pas entamer ce match pour cause d’inflammation du tendon rotulien ! Quel coup de théâtre ! Le Portugal est bien irremplaçable !

Je comprends d’avance votre stupeur, lecteurs attentifs, aussi, pour tenter d’apaiser votre traumatisme, je consens ici à vous révéler le nom secret du Portugal : il s’appelle Cristiano Ronaldo dos Santos Aveiro.

GBfooTiX


Corée du Sud vs Algérie



Comme on dit en Corée, qu’il fait doux de jouer au football au sud du 38e parallèle, au Pays du Matin Calme et de Samsung ! Toujours présente en phase finale de la Coupe du Monde depuis Mexico 86, l’équipe de football de Corée du Sud parvient même à atteindre les demi-finales lors de l’édition à domicile de 2002 alors qu’elle était menée par le fameux Guus Hiddink.

Les Guerriers Taeguk
On se souvient d’ailleurs avec quelle aisance et dignité le mythique Thierry Roland a su alors commenter l’épopée coréenne, égrenant d’une langue agile les patronymes en Park, en Kim ou en Sung, écartant d’un sage revers de main les soupçons de dopage et d’arbitrage trop favorable liés à l’incongruité manifeste d’une équipe asiatique en demi-finale après avoir battu le Portugal, l’Espagne et l’Italie. L’Allemagne, garante de la fierté européenne, avait heureusement su rétablir l’ordre des choses d’un petit but.

Située à la 60e place du classement FIFA, les sud-coréens auront sans doute fort à faire face aux russes et aux belges mais comment on dit en Corée encore, ce n’est que le début d’une longue compétition pleine de surprises !

GBfooTiX





L’avantage certain que les supporters d’anciennes nations colonisatrices ont sur ceux des autres pays (sous-développés pour la plupart) tient dans la possibilité qu’ils ont, en cas d’élimination précoce, de se rabattre sur les équipes représentant leurs ex-satellites. Un peu d’ouverture d’esprit, quelques noms de villes retenus lors de séjours au soleil ou simplement glanés dans le Routard et vous voilà fin prêt à encourager ce pays frère qui finalement n’a jamais vraiment quitté le giron national. Après tout, si les indigènes savent si bien jouer au football, n’est-ce point grâce à la mission civilisatrice brillamment inculquée par nos grands-parents ?

Ainsi, comme le déclamait François Mitterrand il y a tout juste 60 ans, « L’Algérie, c’est la France ! ».


Un maillot pour bi
La France peut donc se targuer d’avoir remporté une Coupe d’Afrique des nations et présenter pour la quatrième fois deux équipes en phase finale : une bleue et une blanc et vert. La seule petite difficulté pourrait résider dans une confrontation lors des tours à élimination directe mais il y a fort à espérer que l’équipe B saurait situer l’intérêt supérieur de la France et s’inclinerait dignement pour laisser le champ libre à la vraie équipe, porteuse des valeurs de la France millénaire. 

GBfooTiX

Belgique vs Russie



Si la politique souvent les sépare, gageons qu’en ce beau mois de juin brésilien la belle équipe des diables rouges réunisse flamands et wallons, enfants de la patrie belge. Après un passage à vide d’une dizaine d’années, l’équipe de Belgique de football semble en effet avoir retrouvé son top niveau.

Humour belge au "Musée du slip" de Bruxelles
J’aime beaucoup le charme désuet de l’expression « top niveau ». Soudain je l’imagine prononcée avec le doux accent wallon d’une grande gigue blonde bruxelloise et c’est toute la magie du plat pays qui m’emporte, celle-là même qui meut ces magnifiques joueurs nés à Anvers ou à Bruges, à Anderlecht, à Charleroi ou ailleurs. Et je rêve de bières tout aussi blondes et savoureuses qui couleraient par galons et par litres le long de mon corps de supporter au cœur expatrié le temps d’un mondial de l’autre côté de cette mince frontière qui nous sépare du royaume de Baudoin. Je vis d’avance, à corps perdu mais vainqueur, les chevauchées fructueuses d’un Mirallas ou d’un Eden Hazard, les coups de têtes en pleine lucarne d’un Van Buyten et les arrêts élégants d’un Thibaut Courtois. Je hurle dans ma prescience à m’en décrocher la glotte grasse de houblon alors que j’ai la vision d’adversaires réduits à la violence pour tenter de juguler le jeu sublime développé par les coéquipiers de Lukaku. J’exulte déjà devant les infernales stratégies de Marc Wilmots, berger lumineux des diables rouges. J’ahane. Je trépigne. Je mugis.

Bref, j’avoue, oui j’avoue, j’éprouve une certaine tendresse pour l’équipe de Belgique de football…

GBfooTiX






Russie, Russie dépêche toi, on vit, on ne meurt qu'une fois et on n'a le temps de rien, que c'est déjà la fin…

Qui d’autre que Pascal Obispo, cet homme à fleur de peau, à fleur de mot, pour évoquer l’âme slave, violente et passionnée, capable du pire comme du meilleur dans son inextinguible quête d’absolu. Ah qu’ils sont fiers et beaux ces joueurs aux noms en iev ou ov évoluant dans les Zenith, les Spartak et autres Dynamo ! Qu’il est envoûtant l’exotisme des équipes russes avec leurs gardiens géants infranchissables, leurs ailiers tels des flèches mongoles et leurs défenseurs plus vigilants qu’une tour de contrôle assaillie de Tupolev !

Tireur des litres
Nul doute que ces hommes rudes, menés par le sorcier Fabio Capello, sauront montrer au monde la grandeur de la nation russe que leur auguste leader, le grand Poutine, s’acharne à défendre jusque dans les chiottes depuis des années. Nul doute également que les supporters de Moscou ou de Vladivostok ou encore de St Petersbourg s’ingénieront lors de cette coupe du monde à découvrir des voies toujours neuves le long desquelles coule la vodka du diable pour parvenir à l’ivresse totale, celle qui permet d’oublier les scores et les règles du hors-jeu, de tutoyer les étoiles et de vomir à la lune.

Et quand bien même perdraient-ils tous leurs matchs, ils reviendront tous à coup sûr en 2018 !


GBfooTiX